Académie Internationale d’Aromathérapie Scientifique

La cystite aiguë

Le nom de cystite est formé à partir de la racine cyst- qui se rapporte à la vessie, et du suffixe -ite, qui définit une inflammation. Ainsi, l’étymologie nous indique qu’il s’agit d’une inflammation aiguë de la vessie. Celle-ci est le plus souvent d’origine bactérienne.

Gros plan sur… la cystite interstitielle

La cystite interstitielle est une maladie de la vessie rare mais invalidante qui s’appelle désormais le syndrome de la vessie douloureuse. Elle se caractérise par des douleurs au bas-ventre et des envies d’uriner fréquentes et intenses, de jour comme de nuit.

A l’inverse de la cystite aiguë, ce syndrome est d’origine inflammatoire. L’origine de l’inflammation observée dans la cystite interstitielle n’est pas connue avec certitude. Si une intervention chirurgicale, un accouchement ou à une grave infection de la vessie peuvent parfois être à l’origine de la cystite interstitielle, elle semble le plus souvent survenir sans cause déclenchante précise : la cystite interstitielle est probablement une maladie multifactorielle. 

Physiopathologie de la cystite

La cystite est une infection urinaire localisée au niveau de la vessie. Elle est due, dans 90 % des cas, à une bactérie appelée Escherichia coli, bien que d’autres bactéries ou micro-organismes (comme Staphylococcus saprophyticus, Proteus mirabilis, Klebsiella spp. ainsi que d’autres Enterobacteriaceae) puissent en être la cause.

Cette infection urinaire survient généralement quand E. coli, présente naturellement dans le tube digestif (colon, rectum), pénètre dans l’urètre, puis remonte dans la vessie où elle commence à se multiplier.

On voit ici que la notion de pathogénicité d’une bactérie est complexe : une bactérie peut être positive dans un organe, en l’occurrence le tube digestif où elle va produire des vitamines pour l’hôte par exemple, mais pathogène dans un autre, comme le système urinaire où elle développera des infections.

La prise d’antibiotique, qui sera donc efficace contre cette bactérie, ne pourra pas la cibler de manière spécifique dans un organe : il en découle que, si E. coli est éliminée dans le système urinaire, ses populations seront également perturbées dans le système digestif, influençant de manière durable (et négative) le microbiote intestinal.

Chez la femme, la faible longueur de l’urètre explique que la cystite soit plus fréquente que chez l’homme, un transfert de bactéries du système digestif vers le système urinaire étant plus facilement possible.

D’un point de vue statistique, une femme sur deux présente au cours de son existence au moins un épisode de cystite aiguë, qui se rencontre surtout au début de l’activité sexuelle et après la ménopause.

Figure 1 : Développement de la cystite aiguë
Quelques « tuyaux » pour éviter les cystites chez la femme
  • Uriner après un rapport sexuel, afin de drainer l’urètre qui a été légèrement dilaté lors de la pénétration.
  • Après la défécation, s’essuyer de l’avant vers l’arrière, et non l’inverse, afin de limiter les risques de contamination fécale.
  • Pratiquer un nettoyage (avec un savon adapté, et sans effectuer de douches vaginales, contreproductives) des parties intimes après du sexe anal.
  • Boire suffisamment d’eau.
  • Consommer du jus de Cranberry (Canneberge), à l’efficacité reconnue dans la gestion des infections urinaires, surtout récidivantes. Il est également possible de consommer des compléments alimentaires à base de Canneberge, cette plante est souvent accompagnée de Bruyère. Il est important de vérifier la teneur en PAC (acronyme de proanthocyanidines) lorsque vous achetez un complément alimentaire qui contient de la Canneberge, cette teneur doit être au minimum de 36 mg pour avoir une action thérapeutique.

La cystite, lorsqu’elle n’est pas correctement soignée, peut se compliquer par une infection progressant vers les reins en remontant par les uretères. L’infection peut ainsi devenir une pyélonéphrite. La douleur est alors difficilement supportable, et nécessite une prise en charge médicale rapide.

La cystite, lorsqu’elle n’est pas correctement soignée, peut se compliquer par une infection progressant vers les reins en remontant par les uretères. L’infection peut ainsi devenir une pyélonéphrite. La douleur est alors difficilement supportable, et nécessite une prise en charge médicale rapide.

En raison de la grande proximité anatomique entre les voies urinaires et génitales, un dérèglement de la flore vaginale peut influencer la colonisation bactérienne de l’urètre. Contrairement à ce qu’on pourrait parfois croire, un excès d’hygiène intime, particulièrement avec des produits agressifs qui perturbent le pH de la muqueuse vaginale, pourrait favoriser les infections urinaires.

Cystite et HE
Les HE peuvent être utilisées pour lutter contre les cystites, d’une part en agissant sur l’infection, d’autre part en limitant l’inflammation locale.

Ces HE pourront être utilisées par voie orale, cutanée ou vaginale. Nous allons détailler ces différents aspects dans les points suivants.
HE antibactériennes
Traditionnellement, les HE à carvacrol ou thymol sont utilisées pour traiter les infections urinaires. De nombreuses études ont attesté l’efficacité de ces HE sur les bactéries responsables de ces infections.
Dans une étude datant de juin 2020 (1), les HE de Thym à thymol, Tea tree, Lemongrass et Cajeput ont montré une efficacité sur E. coli. Plusieurs conclusions, issues de cette étude, sont à retenir :
  • Parmi les 4 HE testées, le Thym à thymol et le Tea tree sont les plus efficaces.
  • Ces HE ont montré la même efficacité sur des souches bactériennes résistantes aux antibiotiques, attestant le fait qu’il n’existait pas de résistance croisée entre les HE et les antibiotiques.
  • Il existe une action synergique entre les HE de Thym à thymol et de Tea Tree, la combinaison des deux ayant une action supérieure à chacune d’elle prise isolément.
De nombreuses HE très connues ont montré une efficacité sur les germes responsables des cystites, en réduisant la formation du biofilm bactérien qui se forme à la surface de la vessie : des Origans mexicains, riches en carvacrol et thymol (2), la Coriandre (Coriandrum sativum) efficace sur des souches d’E. coli multirésistantes (3), ainsi que les HE de Cannelle écorce, de clou de girofle (4), et de Cumin (Cuminum cyminum) riche en cuminaldéhyde (5).
Des études ont également montré que l’action des HE peut renforcer celle des antibiotiques (4; 1).
Des études ont également montré que l’action des HE peut renforcer celle des antibiotiques (4; 1).Une HE moins connue, celle de Verge d’or (Solidago canadensis) au nom assez évocateur du système sur lequel elle agit, contenant une majorité de D-germacrène et de D-limonène, présente également une efficacité prouvée in vitro sur de nombreux agents responsables des cystites (6).
Aroma et phyto : Cranberry et HE
Une étude de 2019 (7)a mis en évidence l’intérêt d’associer des molécules aromatiques avec du jus de Cranberry. En effet, en associant ce jus avec du thymol (issu de l’HE de thym à thymol) et de l’acide caprylique (issu de l’HV de coco), les chercheurs ont observé une réduction rapide et importante du biofilm se déposant à la surface de la vessie au cours des infections urinaires.
L’allicine, issue de l’HE d’Ail, a montré la capacité à réduire la formation du biofilm en s’opposant à l’adhésion des bactéries E. coli sur la paroi vésicale, ainsi que la mobilité des bactéries à l’intérieur de la vessie. Cette molécule a également été capable de disperser le biofilm déjà installé (8).
HE anti-inflammatoires
Les HE anti-inflammatoires feront l’objet d’un article de blog à part entière. Parmi celles reconnues pour leurs propriétés anti-inflammatoires, c’est traditionnellement celles qui sont riches en citral et citronellal qui sont utilisées sur la sphère urinaire. En particulier, les HE de Litsée citronnée (Litsea cubeba) et d’Eucalyptus citronné (Corymbia citriodora) sont efficaces pour soulager les symptômes inflammatoires de la cystite. L’HE d’Hélichryse faradifani (Helichrysum faradifani), qui pousse à Madagascar, est souvent associée aux troubles de la sphère urogénitale. On peut donc utiliser cette HE dans les problèmes de cystite. Par ailleurs, sur des rats chez qui on a déclenché une cystite hémorragique d’origine médicamenteuse, l’alpha-phellandrène – présent dans les HE d’Eucalyptus dives (Eucalyptus dives) et de grande Angélique (Angelica archangelica) – a montré un rôle protecteur et anti-inflammatoire sur la muqueuse vésicale (9).
Stratégies thérapeutiques
Avant d’entrer dans le vif du sujet, il faut rappeler qu’aucune pratique aromatique ne doit amener à l’arrêt d’un traitement médical sans avoir au préalable consulté son médecin. Cette précaution étant posée, il est possible de proposer des stratégies adaptées à la situation de chacun(e), avec une gradation dans les approches envisagées. Tout d’abord, des gélules aux HE peuvent amener un soulagement rapide, avec une synergie bien choisie pour avoir une action antibactérienne, anti-inflammatoire et apaisante sur la muqueuse vésicale. Certains laboratoires pharmaceutiques proposent d’ailleurs des capsules d’HE d’Origan compact, riches en carvacrol, qui peuvent donner de bons résultats sur les cystites. La voie cutanée peut aussi être envisagée, même s’il ne faut pas oublier que les HE n’agissent pas directement sur la vessie en traversant la peau, mais via un passage sanguin. Ainsi, le lieu d’application doit être choisi non pas vis-à-vis de sa proximité avec l’organe cible, mais rapport à la finesse de son épithélium qui autorisera un passage sanguin important. Enfin, si ces stratégies n’amènent pas un soulagement rapide, il est possible d’envisager une voie vaginale, et de distribuer les HE grâce à des ovules, dosés entre 180 et 250 mg d’HE par ovule.
Bibliographie
  1. Loose, M., Pilger, E., & Wagenlehner, F. Anti-Bacterial Effects of Essential Oils against Uropathogenic Bacteria. Antibiotics. 2020, Vol. 9, 6.
  2. Zapién-Chavarría, K. A., Plascencia-Terrazas, A., Venegas-Ortega, M. G., Varillas-Torres, M., Rivera-Chavira, B. E., Adame-Gallegos, J. R., … & Nevárez-Moorillón, G. V. Susceptibility of Multidrug-resistant and biofilm-forming uropathogens to Mexican oregano essential oil. . Antibiotics. 2019, Vol. 8, 4.
  3. Scazzocchio, F., Mondì, L., Ammendolia, M. G., Goldoni, P., Comanducci, A., Marazzato, M., … & Longhi, C. Coriander (Coriandrum sativum) essential oil: effect on multidrug resistant Uropathogenic Escherichia coli. Natural product communications. 2017, Vol. 12, 4.
  4. Xiao, S., Cui, P., Shi, W., & Zhang, Y. Identification of essential oils with strong activity against stationary phase uropathogenic Escherichia coli. bioRxiv. 2019.
  5. Saee, Y., Dadashi, M., Eslami, G., Goudarzi, H., Taheri, S., & Fallah, F. Evaluation of antimicrobial activity of Cuminum cyminum essential oil and extract against bacterial strains isolated from patients with symptomatic urinary tract infection. Novelty in Biomedicine. 2016, Vol. 4, 4.
  6. Elshafie, H. S., Gruľová, D., Baranová, B., Caputo, L., De Martino, L., Sedlák, V., … & De Feo, V. Antimicrobial activity and chemical composition of essential oil extracted from Solidago canadensis L. growing wild in Slovakia. . Molecules. 2019, Vol. 24, 7.
  7. APA Kim, H. W., Chung, D. H., Kim, S. A., & Rhee, M. S. Synergistic cranberry juice combinations with natural‐borne antimicrobials for the eradication of uropathogenic Escherichia coli biofilm within a short time. . Letters in applied microbiology. 2019, Vol. 68, 4.
  8. Yang, X., Sha, K., Xu, G., Tian, H., Wang, X., Chen, S., … & Huang, N. Subinhibitory concentrations of allicin decrease uropathogenic Escherichia coli (UPEC) biofilm formation, adhesion ability, and swimming motility. International journal of molecular sciences. 2016, Vol. 17, 7.
  9. Gonçalves, R. L. G., Cunha, F. V. M., Sousa-Neto, B. P. S., Oliveira, L. S. A., Lopes, M. E., Rezende, D. C., … & Oliveira, F. D. A. α-Phellandrene attenuates tissular damage, oxidative stress, and TNF-α levels on acute model ifosfamide-induced hemorrhagic cystitis in mice. . Naunyn-Schmiedeberg’s archives of pharmacology. 2020, Vol. 393.

 

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